Applications de la théorie locale des bifurcations à l'étude d'instabilités hydrodynamiques


Les sujets abordés concernent l'étude de bifurcations en Mécanique des fluides, la motivation étant d'expliquer les mécanismes de transition vers des régimes complexes. La technique utilisée consiste à réduire le problème à un système de petite dimension, sur la variété centrale, et à en déterminer la structure par des arguments de symétrie et de forme normale. On obtient de cette façon un système d'équations qui sont communément appelées équations de Landau ou équations aux amplitudes. A ce niveau la part la plus importante du travail consiste en l'élaboration de méthodes spécifiques permettant d'une part de déterminer pour quelles valeurs des paramètres cette transition a lieu ("stabilité linéaire"), et d'autre part de calculer les coefficients de ce système ("étude non linéaire"). En effet, une fois que l'on aura obtenu ces coefficients, on pourra utiliser tous les résultats théoriques concernant les équations de Landau (travaux de J. Guckenheimer, G. Iooss, P. Coullet, ..) [7,9,4] et prédire les nouveaux régimes observables.
On peut plus précisément distinguer deux actions. La première concerne l'aspect méthodologique; il s'agit d'expliciter les algorithmes et les méthodes numériques permettant de calculer les valeurs propres de l'opérateur linéarisé et d'obtenir les valeurs numériques des coefficients du système réduit. Cette partie, commencée en collaboration avec Y. Demay, a été testée avec succès sur le problème de Couette-Taylor. Mais pour l'étude d'autres problèmes plus concrets, le calcul de la stabilité linéaire (c'est à dire le calcul des valeurs propres) peut devenir plus difficile.
La seconde consiste à essayer de comprendre l'influence de différents paramètres physiques en regardant comment ils modifient le seuil du point de bifurcation et le comportement non linéaire après la transition. En effet, on obtient de cette manière toutes les solutions bifurquées, et on peut indiquer leurs domaines de stabilité. Cette approche est particulièrement intéressante dans le cas où le nombre de paramètres est important. Ces résultats permettent de mieux exploiter les codes de simulation directe et de guider l'expérimentateur. On a abordé sous cet angle des problèmes de cristallisation dirigée (avec B. Roux, IMFM), d'instabilités hydrodynamiques dans les systèmes tournants (avec I. Mutabazi et J.-E. Wesfreid, Université du Havre et ESPCI)

Le Problème de Couette-Taylor et les instabilités hydrodynamiques dans les systèmes tournants

(Articles [A.2], [A.3], [A.11], [A.12], [A.14], [A.16], [A.17]. [A.24] et Rapports [R.1], [R.8], [R.10] et [R.11])
Pour le problème de Couette-Taylor (instabilités entre deux cylindres coaxiaux en rotation), le travail avait été initialisé durant ma thèse [R.1] avec Y. Demay et G. Iooss. Les dernières contributions concernent la détection de certains types de bifurcations secondaires et le calcul de l'équation aux amplitudes en tenant compte de certaines imperfections du système ([A.12] ,[A.11] et [A.16] ). A propos de l'étude des instabilités centrifuges qui se développent sur des parois concaves (les plus connues étant les instabilités de Couette-Taylor, Dean et Taylor-Görtler) et qui interviennent dans de nombreux processus industriels, on a regardé avec I. Mutabazi l'écoulement entre deux cylindres coaxiaux en position horizontale avec remplissage partiel (système de Taylor-Dean). Ce système qui est plus complexe que celui de Couette-Taylor, semble mieux adapté pour décrire la transition vers des régimes turbulents dans les systèmes réels [A.17] . Pour le problème de Couette-Taylor, on a aussi regardé le cas limite où l'entrefer devient petit par rapport aux rayons des cylindres [A.14] . Dans ce cas, la solution bifurquée n'est pas homogène en espace et on a développé une méthodologie permettant de calculer les équations de Ginzburg-Landau qui décrivent la transition. Dernièrement avec I. Mutabazi, on a essayé de mettre en évidence un scénario d'intermittence spatio-temporelle à partir des spirales interpénétrantes du problème de Couette-Taylor [A.24].

Bifurcations en présence de la symétrie O(3)

(Articles [A.6], [A.19], [A.20] et Rapport [R.2])
Initialement, on voulait développer un code de calcul symbolique permettant d'obtenir les équations aux amplitudes pour des problèmes d'évolutions en symétrie sphérique. En effet, pour les problèmes usuels (Couette-Taylor, Bénard plan, ..) les équations sont invariantes par l'action du groupe O(2) et un code de calcul symbolique avait déjà été utilisé ([R.1], [A.2,A.3,A.12] ). Si on considère le groupe continu O(3) c'est un peu plus compliqué: on utilise l'algèbre de Lie associée à ce groupe afin de calculer les fonctions qui sont O(3)-équivariantes. L'automatisation de tous ces calculs à l'aide de Maple a été faite [R.2]. Puis on a couplé ces programmes avec des codes numériques écrits en Fortran adaptés au problème physique considéré. Finalement, on n'a pas exploité intensivement ces outils à cause du manque d'exemples expérimentaux. Les premières tentatives concernaient le problème de Bénard sphérique et les phénomènes de convection en auto-gravitation [R.2]. Puis avec M Rossi et G. Iooss, on a regardé la stabilité d'une bulle d'air dans un fluide [A.6] . Mais dans ces deux cas les modèles étaient trop simples ou trop éloignés de la réalité physique et il n'y avait pas suffisamment de données expérimentales pour nous stimuler durablement. Dernièrement, on a étudié la génération d'un champ magnétique induit par le mouvement convectif d'un fluide conducteur ("effet dynamo", [A.20] ) et la convection en double diffusion dans un domaine sphériques [A.19]. Cette étude ne se réduit pas seulement à montrer que l'écoulement purement convectif devient instable (stabilité linéaire), mais comprend une véritable analyse du comportement non linéaire du champ magnétique. En particulier, on donne des résultats concernant: la possibilité ou non d'apparition d'une onde rotative bien que la valeur propre critique soit nulle; la classification en terme de symétrie des solutions qui peuvent apparaître; le type de bifurcation et la stabilité pour certaines solutions.

Convection naturelle et cristallisation dirigée

(Articles [A.1], [A.4], [A.5], [A.7], [A.8], [A.9], [A.10], [A.12], [A.15] et Rapports [R.3], [R.4], [R.5], [R.6], [R.7] et [R.9])
On s'est attaché ici à utiliser la méthologie développée précédemment sur un problème plus intéressant du point de vue des applications (ce qui explique le nombre de publications). Le procédé est lié à une technique de solidification de monocritaux (de type Bridgman avec tirage horizontal). Cette partie a été élaborée en collaboration avec des numériciens (B. Roux, IMF Marseille), une équipe de théoriciens (A. Gerchuni, Perm) et des expérimentateurs (J.J. Favier, CENG Grenoble). Les résultats obtenus lors de cette collaboration sont rassemblés dans [A.15] . Toujours sur les problèmes de convection, on a montré avec J. Fröhlich et R. Peyret (Lab. de Mathématique, Nice) que les rouleaux de Rayleigh-Bénard devenaient sous critiques quand on remplace l'approximation de Boussinesq par l'approximation à faible nombre de Mach avec des conductivités variables ([A.12].

Étude de l'effet Dynamo

Il s'agissait d'étudier les conditions d'apparition de l'effet dynamo pour le système de Couette-Taylor. C'est à dire la formation de champ magnétique engendrée par le mouvement de métal liquide (gallium, sodium,...). Notre travail se rattachait à la série d'expériences effectuées en géométrie cylindrique par trois équipes : le CEA-Saclay (F. Daviaud, ..), ENS-Lyon (J.-F. Pinton, ..) et ENS-Paris (S. Fauve,..). Cela nous a motivés pour conduire une étude numérique sur les conditions d'apparition de l'effet dynamo pour ce système.
Des calculs préliminaires ont été faits sur l'écoulement de Taylor [R.20]. On a montré que l'effet dynamo pouvait exister. Cependant, on n'a pas observé l'apparition d'un champ magnétique se développant sur tout le cylindre quand on augmente le nombre de rouleaux de Taylor. L'extension de cette étude aux solutions spirales a été envisagée. Mais cela aurait nécessité travail important sur les algorithmes de résolution et un gros investissement en moyen de calcul. En effet ces calculs demandent une très grande précision car le champ magnétique est concentré près des points de stagnation.
Cette collaboration est actuellement un peu freinée par manque de temps.
Patrice Laure 2004-09-05